L’ANCIENNE ARÈNE
L’Arena di Verona : un amphithéâtre romain
Un amphithéâtre vieux de 2 000 ans qui a survécu aux gladiateurs, à un tremblement de terre et aux empires — l'histoire romaine et l'acoustique naturelle derrière la scène d'opéra de Vérone.
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L’Arène fut édifiée au tout début du premier siècle après J.-C., une génération environ avant le Colisée de Rome. Ses gradins de calcaire rose et blanc de Vérone pouvaient accueillir quelque 30 000 personnes, venues assister à des combats de gladiateurs et à des chasses mises en scène. Ces jeux se poursuivirent pendant des siècles, jusqu’à ce que l’empereur Honorius interdise les combats de gladiateurs en 404 après J.-C. Ce sur quoi vous vous asseyez aujourd’hui est une pierre véritablement antique — la même cuve elliptique que les Romains remplissaient il y a deux mille ans, réaffectée plutôt que reconstruite. Cette continuité est en grande partie ce qui rend une soirée d’opéra ici différente de tout lieu moderne : le cadre n’est pas une reconstitution, c’est l’original.
Troisième plus grand du genre
Parmi les amphithéâtres romains, l'Arena di Verona se classe au troisième rang en Italie par sa taille, après le Colisée de Rome et l'amphithéâtre de Capoue. C'est également l'un des mieux préservés au monde. L'ellipse complète s'étend sur environ 140 mètres sur son axe principal, et les gradins intérieurs sont conservés presque intacts — c'est précisément pour cela qu'elle peut encore accueillir un public d'environ 15 000 personnes pour l'opéra. Debout sur l'arène, vous prenez pleinement conscience de l'ingénierie romaine à grande échelle : une structure conçue pour faire entrer et sortir des dizaines de milliers de personnes avec efficacité, et bâtie pour durer d'une manière que peu de monuments antiques ont su égaler.
Comment a-t-il survécu deux mille ans
La survie de l'Arène n'avait rien d'acquis. Un violent séisme en 1117 abattit la majeure partie de l'anneau extérieur ; aujourd'hui, il n'en subsiste qu'un fragment, connu sous le nom de l'Ala — « l'Aile ». La structure intérieure, plus robuste, tint bon, et au fil des siècles, l'amphithéâtre fut mis à toutes les sauces : carrière de pierres de construction, marché, lieu de tournois et de corridas, voire logements de fortune. Les réparations et restaurations menées dès la Renaissance et au-delà préservèrent le cœur de l'édifice. Lorsque l'opéra fit son entrée en 1913, Vérone disposait d'un théâtre antique quasi complet, prêt à s'emplir de musique.
Une acoustique sculptée dans la pierre
La forme elliptique de l’Arène et ses gradins de pierre fortement inclinés accomplissent un exploit remarquable : ils portent le son. Cette configuration qui offrait à chaque spectateur romain une vue dégagée réfléchit et concentre aussi les voix, si bien que le grand opéra y est traditionnellement interprété sans amplification électronique pour le chant principal et l’orchestre. Par une nuit d’été immobile, une voix bien projetée atteint les marches supérieures par la seule force de l’architecture. C’est un rappel que les Romains ont longuement réfléchi à la manière dont des milliers de personnes pouvaient voir et entendre d’un seul coup — et que leur solution fonctionne encore pour une forme d’art inventée plus d’un millénaire après que le dernier gladiateur a quitté le sable.
Un monument que l’on découvre de l’intérieur
La plupart des sites romains antiques se contemplent derrière une corde. L’Arène, elle, se vit de l’intérieur, une soirée entière, sur les mêmes pierres que foulèrent les Romains. Sur les gradins non réservés, c’est littéral : on s’assoit directement sur les marches, ce qui explique pourquoi les habitués apportent un coussin. La pierre emmagasine la chaleur du jour, puis se refroidit lentement tandis que le ciel s’assombrit, et l’anneau d’arches antiques encadre la scène. Quel que soit le spectacle, une part de ce que vous vivez tient simplement au fait d’être là, dans un édifice vieux de deux mille ans qui, remarquablement, remplit encore à peu près sa fonction première : rassembler une foule autour d’un spectacle.
Le découvrir au-delà de l’opéra
Le festival d’opéra n’est que le chapitre estival de la vie de l’Arène. Hors saison, on peut généralement la visiter de jour en tant que monument romain qu’elle est — parcourir les gradins, admirer les arches autour de la Piazza Bra, et souvent apercevoir les machineries de scène des productions en cours, entreposées sur le sol. Si votre séjour à Vérone tombe en dehors de juin à septembre, l’amphithéâtre vaut toujours largement une heure de visite ; simplement, vous n’y entendrez pas d’opéra. Pour vivre pleinement ce lieu comme scène vivante, ce sont les nuits d’été à la belle étoile que l’on traverse le monde pour découvrir.
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